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Des Cravanchois se souviennent ... (3)

10/03/2012 - Lu 4020 fois
Cravanche dans la tourmente, la journée du 20 novembre 1944
Hélène BAULERET 

« Depuis le mois d’octobre, nos libérateurs sont bloqués aux alentours de Ronchamp. Tous les jours nous entendons  le bruit des départs et des explosions d’obus.

J’habite une des dernières maisons de Cravanche sur la route vers Châlonvillars.

Nous sommes huit avec des voisins à nous  réfugier dans le sous-sol de la maison pour passer la nuit. Des lits de fortune constitués de planches, de grillage et de paille, sont là depuis juin1940, époque où des soldats français étaient hébergés dans la maison.

Le 19 novembre, les tirs sont dirigés sur le fort du Salbert. De la fenêtre de la fenêtre, à l’arrière de ma maison, je vois même une boule de feu, à l’orée du bois voisin.

Colonne de soldats en opération dans la traversée du  village

Le calme est revenu le matin. Je constate à ma grande surprise que les versants dénudés du Salbert me permettent de distinguer des soldats qui circulent sur certains talus du fort. Je prends conscience rapidement qu’il s’agit de soldats français.

En fin de matinée, j’aperçois d’autres soldats français qui sortent du bois de la colline du Mont juste en face de ma maison; ils m’apprennent qu’ils viennent d’Essert. Ils se regroupent sur place en attendant des ordres. Ils reçoivent et envoient en effet de nombreux  messages »

Il s’agit en toute vraisemblance des hommes d’une compagnie du bataillon de choc qui a traversé la forêt du Mont, et qui a pour ordre d’attendre l’arrivée des chars pour entrer en action.

« En début d’après-midi, les soldats nous disent « ça va mal ; le reste ne suit pas ; il va falloir partir et vous aussi ». Nous sommes épouvantés et puis soudain, nous entendons « Allô ! Allô ! Les enfants arrivent … » Ce sont les chars ! Nous sommes sauvés ! J’assiste à ce défilé d’engin qui se dirigent vers Belfort »

 

Hélène GIRARDEY

« Habitant la maison familiale face à la mairie-école, je suis aux premières loges pour suivre les événements de la libération de Cravanche. Il est à 7h30 du matin, ce mercredi 20 novembre lorsque mon père, Marcel PANGON maire de la commune,  aperçoit les premiers militaires dans le village. Il va à leur rencontre avec d’autres Cravanchois pour les accueillir et leur apporter des casse-croûte. Mon père et mon frère Maurice alors âgé de 22 ans, sont d’intervention de tous côtés pendant cette rude journée et  particulièrement pour les blessés.

Une des sections des commandos part en reconnaissance vers le bas du village. A l’angle de l’usine Alsthom existe une baraque en bois. En approchant de cet endroit nos éclaireurs militaires se font littéralement aligner par une patrouille allemande cachée dans la baraque; résultats: 2 blessés français, ainsi que le jeune lieutenant qui commandait la patrouille allemande.

L’arrivée des chars

Celui-ci grièvement touché agonise dans le pré à l’emplacement de la pharmacie actuelle. Il demande la bénédiction d’un prêtre avant de mourir. Un Père de Cravanche accepte de se déplacer.

Les blessés puis les morts sont ramenés dans les locaux de l’école communale.

Joseph CANAL, directeur d’école et secrétaire de mairie ainsi que son épouse Jeanne habitent au 1re étage du bâtiment scolaire. Jeanne, membre de la Croix Rouge, se mobilise pour apporter les premiers soins aux blessés et abriter les morts. Une salle du rez-de-chaussée est aménagée en une infirmerie de fortune. En fin de matinée, deux soldats français tués dans des accrochages au bas du village sont ramenés au bâtiment scolaire.

Depuis une quinzaine de jours, un personnage suspect se faisant passer pour un résistant est logé dans la maison KOENIG (au-dessus de la boulangerie actuelle) Il est démasqué en fin de journée comme étant un informateur de la Gestapo.

Arrêté par les soldats, en présence de mon père, le suspect est conduit immédiatement au bas du village pour être interrogé. Sortie pour aller prendre des nouvelles de mes beaux-parents GIRARDEY qui habitent une  ferme voisine, je rencontre ce groupe et intriguée, je l’observe à distance. A la suite d’un geste ambigu du suspect, un des militaires de l’escorte tire sous mes yeux et blesse mortellement le suspect. La scène m’impressionne profondément ; les militaires ne tergiversent pas.  Le corps est laissé au bord de la rue à hauteur de la ferme de mes beaux-parents. Les commandos sous pression poursuivent sans perte de temps  leurs opérations de nettoyage.

Les morts de la journée sont enterrés provisoirement dans le jardin qui existe alors à l’emplacement du nouveau bâtiment de l’école élémentaire. Plus tard, ils seront transférés au cimetière de Valdoie.

Le colonel BOUVET qui commande les commandos d’Afrique et de Provence passe la nuit du 20 novembre dans une salle de la mairie, celle aujourd’hui occupé par la médiathèque communale »

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